Julie Lefebvre

Lancement de la liste citoyenne – Julie LEFEBVRE

Bonjour, Julie Lefebvre, habitante de Romainville depuis 15 ans, je suis engagée depuis 2012, dans différents cadres et sur différentes causes.

Attachée de presse, indépendante, spécialisée depuis quinze ans sur les jardins, l’environnement et les villes, ce qui me donne un observatoire de ce qui se fait dans les autres villes en terme de concertation, de politique de l’arbre, d’aménagement paysager et urbain, etc.

 

Je suis intervenue dans plusieurs mobilisations :
  • Contre l’usine de TMB au Bas-Pays en 2012 que nous avons collectivement pu stopper dans sa 1ère version.
  • Pour la préservation de la place du marché de 2012 à 2017 en coordination avec les différentes associations romainvilloises .
  • Pour la forêt de Romainville, de 2012 jusqu’à aujourd’hui – dans un cadre de collectifs citoyens et associatifs, avec des étudiants en architecture, et des personnalités de l’environnement. Nous sommes aujourd’hui dans une phase de médiation avec la Région pour obtenir des garanties fermes sur l’eau, la biodiversité, l’état de la pollution.
  • Vice-présidente de l’association Patrimoine et Environnement à Romainville (PER), elle a participé à coordonner les associations de différentes villes et à faire émerger la question de la préservation des espaces verts et de la qualité́ de l’urbanisme dans le réaménagement souvent brutal de nos villes de banlieue.
  • Co-fondatrice de la Coordination de Défense des Espaces Verts et Publics en IDF pour identifier des situations communes, être audibles, proposer et mutualiser des solutions.
L’évolution de Romainville : contexte et enjeux

Il est illusoire de penser que nos villes vont rester figées mais il est aussi illusoire de penser qu’elles peuvent changer de manière si rapide, sans tenir compte de la vie des habitants, sans adapter les infrastructures et sans plan d’ensemble cohérent.

Même si tout va très vite actuellement, l’urgence va être de se poser, de réfléchir à la ville que nous souhaitons demain, de penser les mobilités, les espaces publics, la place de l’enfant et des jeunes dans la ville, son adaptation aux personnes à mobilité réduite, de comment la rendre attractive pour des commerces locaux, des entreprises ou créateurs, bref de faire un plan d’urbanisme cohérent à partir de l’expérience des habitants, des difficultés et besoins identifiés, avec l’aide de professionnels de l’urbanisme et du paysage.

Nous sommes dans notre ville actuellement dans une juxtaposition des projets immobiliers ou de grands projets, dans laquelle les habitant sont très peu consultés, dans un rapport très vertical. Nous souhaitons faire autrement.

Dans un contexte plus large, l’Etat impose un quota de constructions mais la construction d’une ville ne peut se résoudre à une seule logique comptable. A la production nécessaire de logement doivent s’ajouter et au même niveau désormais, les exigences environnementales. Il ne s’agit aucunement d’empêcher les villes d’évoluer mais d’imaginer un urbanisme plus respectueux des habitants et de la nature.

 

Concertation et co-construction, des impératifs majeurs

L’enjeu est d’imaginer des moments et des outils pour réfléchir ensemble à la ville que nous voulons et d’inclure toutes les générations, dont les plus jeunes, dans cette réflexion.

Nous aurons la responsabilité de créer un cadre pour que les habitants puissent s’exprimer en amont sur le projet de ville, et ensuite sur la vie et la gestion de la ville, sur les projets, etc. D’un autre côté, parce que ce ne sont souvent que quelques personnes qui s’expriment dans les concertations ou les associations qui se mobilisent, les habitants devront se saisir de ces outils pour s’exprimer et co-construire avec les futurs élus des solutions pour que la ville puissent s’adapter.

Cela demande un peu de temps dans des vies où les emplois du temps sont souvent très chargés mais c’est aussi un puissant antidote aux nouvelles inquiétantes qui nous arrivent sur le climat, la biodiversité, l’état des sols, la pollution, etc. L’engagement est aussi un vecteur fort de lien social et l’occasion de rencontrer des personnes diverses, passionnantes, ce qui nourrit à la fois la vie personnelle et professionnelle.

 

Des pistes d’action pour adapter la ville

Sans révolutionner la ville, je pense qu’il faut revenir à des fondamentaux :

  • La préservation et le développement des espaces verts, naturels et publics, et de leurs abords.
  • Le renforcement des trames vertes, bleues, blanches (son) et noires (lumière) pour renforcer les continuités écologiques (la moitié des habitants d’Ile-de-France vivent dans un espace carencé, la préconisation est de 10 m2 d’espaces verts de proximité/habitant).
  • La préservation des sols, en luttant contre l’artificialisation et en augmentant le taux de pleine terre (30%) et la préservation des arbres tant ce sont des leviers efficaces pour contre le réchauffement climatique pour permettre le cycle de l’eau et la lutte contre la pollution atmosphérique. Les projections liées au changement climatique et à la présence d’ilots de chaleurs sont de + 7° en 2100). Enfin, les scientifiques aujourd’hui sont clairs sur la nécessité de préserver les arbres sains en ville (hors problèmes mécaniques ou phytosanitaires).
  • L’augmentation globale du végétal dans la ville et la protection de la faune et de la flore, avec notamment l’application de la loi de Reconquête de la Biodiversité qui indique qu’il faut Eviter, Réduire, Compenser ou la loi de protection des arbres d’alignement (art L 350.3).

  • Permettre aux habitants de construire la ville sur la ville, de créer des habitats solidaires avec des espaces collectifs pour limiter l’étalement urbain et le grignotage des terres agricoles.

  • Travailler avec les professionnels de la construction pour une rénovation énergétique durable des logements tant cette question est un enjeu environnemental mais surtout social car ce sont les plus précaires qui sont souvent les plus pénalisés.
  • Travailler à la rénovation et à la valorisation du patrimoine.

  • Envisager des approvisionnements énergétiques solidaires et une politique de l’eau publique (l’ensemble des villes de la planète consomme 78% de l’énergie mondiale et produit 60% des émissions en CO2 alors qu’elles ne couvrent qu’1% de la surface de la terre).
  • Travailler à l’anticipation des risques.

  • Développer les circulations douces pour permettre aux piétons, personnes à mobilité réduite, vélos et voitures de vivre ensemble, en sécurité, ce qui n’est pas le cas actuellement.

  • Revendiquer une meilleure qualité architecturale, ce que réclame aussi de nombreux architectes, et préserver les villes de la frénésie immobilière en cours, ce qui demande une vraie volonté politique et un encadrement clair des promoteurs immobiliers, dans une environnement budgétaire contraint pour les villes.

 

Se coordonner à plusieurs échelles

Il est crucial de penser ces questions au niveau local mais aussi au niveau plus vaste, de l’intercommunalité, du Grand Paris et de la Région. Il n’est plus pensable de penser chacun dans notre coin, le Bas-Pays est en lien avec Pantin, les trois communes avec Montreuil, le Centre de Romainville avec Noisy-le-Sec et les Lilas. Il faut travailler ensemble.

C’est aussi à l’échelle de l’intercommunalité que peut être posée efficacement la question du traitement des déchets, c’est l’enjeu de l’usine du Bas-Pays qui traite les déchets de plusieurs villes dont certains arrondissements de Paris.

C’est à l’échelle locale et régionale notamment que peuvent être posées les questions d’agriculture et de maraîchage péri urbain de circuits courts, de sécurisation des approvisionnements. C’est à ces échelles que peuvent être posées la question des cantines scolaires et de la qualité des plats et produits servis dans nos collectivités.

L’enjeu est enfin d’être présents lors de l’élaboration des documents cadre, dans les instances (Est Ensemble, Département, Région) et d’inclure ces exigences environnementales dans les marchés publics pour peser sur toutes ces questions et sur toutes les politiques de la ville, de manière transversale.

Sur tous ces sujets et c’est ce qui est passionnant en ce moment, de nombreuses personnes, scientifiques, associatifs, se mettent en lien, produisent des données à partager, échangent sur les pratiques des uns et des autres, mutualisent les solutions. C’est une matière dont il faut s’inspirer car il y a urgence de penser désormais ensemble, le temps court et temps long (Manifeste de la Frugalité Heureuse, Charte de l’Arbre, Charte des Villes en Transition, etc.), en plus de la réflexion et de la production effectuées par les groupes de travail de Romainville Respire soutenu par Romainville Débats, qui ensemble portent la liste « Autrement ».

 

Conclusion, travaillons ensemble pour Romainville

En conclusion, je voudrais témoigner de l’engagement de tous ceux qui avancent depuis plusieurs mois au sein de Romainville Respire et Romainville Débat. Ils travaillent avec professionnalisme, bienveillance et créativité pour construire cette campagne, tracter, convaincre, organiser, communiquer.

Ils donnent le La de la façon dont nous voulons travailler ensemble pour Romainville. Qu’ils en soient remerciés ! Merci de votre attention.

 

Julie Lefebvre
15 décembre 2019